Entre défi personnel et victoire collective : Comment j'ai terminé le Marathon pour tous
- Myriam Côté
- 24 août 2024
- 9 min de lecture
Comme 20 024 autres coureurs, j'ai pris le départ du Marathon pour tous le 10 août 2024. Entre entraînement, motivation, parcours, et ambiance... Retour sur cette expérience mémorable.
Tout a commencé avec le Club Paris 2024 et un pote
Mars 2022. J'étais partie courir dans la Forêt de Soignes à Bruxelles avec un ami.
Toi aussi tu t'es inscrite au Club de Paris ?
Non, aucune idée de ce que c'est.
Je vais t'envoyer le lien, c'est trop bien. Tu peux gagner ta place pour le marathon des JO de Paris.
Vous avez aussi ce genre d'ami ?
Le Club Paris 2024 avait 7000 dossards pour le marathon et autant pour le 10 kilomètres à faire gagner. Mais son rêve, c'était le marathon.
J'ai reçu le lien et je me suis inscrite. 100 000 points à cumuler. Wow ! C'est déjà un défi en soi!
1 km de course -> 10 points
J'ai sorti ma caculette. Vous aussi ? Vous arrivez bien au même résultat que moi ?
Dix mille kilomètres à parcourir en moins de 2 ans.
Alors t'es rendu à combien?
T'as trouvé les points des jeux concours ?
Pendant plusieurs mois, nous nous sommes tirés la bourre comme ça.
Puis, un jour, nous y sommes arrivés ! Et le Club Paris 2024 est tombé dans l'oubli.
J'ai gagné mon dossard !

T'as su quand que t'étais prise?
J'ai reçu un mail hier.
Trop bien bravo !
Bon ça sera sans moi ;)
En mars 2024, quand je reçois la nouvelle, j'ai pour objectif d'allonger les distances. Je m'entraîne pour un trail de 50 kilomètres prévu en mai.
Je fais beaucoup de renforcement musculaire. Je teste l'entraînement polarisé. Je m'entraîne à haute et à faible intensité.
À l'entraînement, mes séances de HIIT sont un calvaire. J'ai l'impression de me noyer. De manquer d'air. Courir en endurance fondamentale est compliqué. Ma fréquence cardiaque s'envole pour un rien. Je ne comprends pas.
Je me dis que c'est sans doute le manque de sommeil. Depuis sa naissance, ma fille ne fait pas ses nuits. Ça dure depuis 18 mois.
En avril, à mi-chemin de mon objectif, je me teste sur les sentiers d'un trail dans les Ardennes belges. Mes sensations ne sont pas bonnes.
Mon état de santé n'est pas top. Mon système immunitaire est kaput. Je suis fatiguée.
Je déclare forfait devant mon objectif.
Pourquoi courir un marathon ?
Autant je prends plaisir à courir dans les sentiers et à participer à des trails. Courir un marathon, ça ne m'a jamais effleuré l'esprit.
Je ne peux quand même pas laisser passer une telle occasion. Refiler ma place, ce n'est pas possible.
Je souffle. Je suis lasse. Lasse de ne pas avoir le contrôle. De ne pas pleinement me réjouir d'avoir gagné mon dossard pour ce marathon unique.
Et si j'avais quelque chose qui clochait ?
Mai 2024. J'ai un rhume. Encore.
Je demande à la médecin une analyse de sang.
Anémie
Ah ! Mes globules rouges ont du mal. Pas top pour le transport d'oxygène.
Je pense tout de suite à ma VO2max.
Peut-on parler de dopage sanguin ?
Je me supplémente en fer. Je pars en vacances.
Après 3 semaines de traitement, je profite des sentiers corses. Je randonne. J'ose quelques rando-courses. Mes sensations sont bonnes. Très bonnes.
En rentrant, je compléterai mon dossier pour le Marathon pour tous.
Comment préparer un marathon avec peu de temps devant soi ?
Fin juin 2024. Je rentre de vacances. Il reste un peu plus de 2 mois avant l'événement.
Faire son plan d'entraînement
J'ai choisi une prépa de 9 semaines. C'est court. Je compte sur mon travail de renforcement du printemps.
Je ne sais pas encore si je participerai à ce marathon, mais je tente.
Définir son allure
Ma première séance de VMA est un test. Habituellement, je cours un demi-Cooper. Cette fois, je cours le Magic Mile. Un test qui permet de définir son allure marathon. Ma prédiction : 4h25. J'aurais aimé 4h. J'accepte.
Faire son bilan de santé
Je fournis mon certificat médical.
La 3ᵉ semaine de préparation vient de se terminer.

Allez, c'est parti ! Tous les feux sont au vert.
Enchaîner les blocs d'entraînement et de récupération
Mon premier bloc d'entraînement prend fin. La préparation se déroule à merveille.
Je continue mes compléments de fer.
Il y a un monde entre mes sensations actuelles et celles que j'avais au printemps.
S'affûter
Après 7 semaines, mes sensations sont toujours aussi bonnes. La préparation s'est déroulée comme sur des roulettes.
La cérémonie d'ouverture des JO m'a donné un coup de boost.
Il me reste 2 semaines d'affûtage. Je sens la fatigue dans mes jambes. Je veux qu'elles soient au top pour le 10 août.
Marathon pour tous connecté
Le Marathon Pour Tous connecté rêve grand. Il veut faire vivre les Jeux Olympiques à tous, partout. Transformer cet événement en une grande fête mondiale !
Ma sœur habite à l'autre bout du Québec. Une région éloignée, comme on dit. Elle a décidé de reprendre la course en juin. Nous venions de nous quitter en Corse.
Elle m'avait écrit quelques semaines avant le marathon :
Je pense à toi, parce que j'achève mon programme d'été pour courir un 10 km pis personne veut m'accompagner au jour J !! Toi, tu m'aurais accompagné. 🤭😅
Je lui donne rendez-vous le 10 août. Nous prendrons le départ ensemble. Elle à Havre-Saint-Pierre et moi, à Paris.
Incertitudes à l'aube du Marathon pour tous
J-3
Je suis enrhumée et j'ai des maux de tête. Je suis dégoûtée par la tournure des événements.
J-2
La médecin me prescrit un traitement choc. Si je le suis bien, dans 2 ou 3 jours, c'est fini. J'y crois.
J-1
J'ai l'air d'une déterrée. J'ai mal à la tête. Mes intestins font des siennes. Un rhume, ça va encore. Un début de gastro, je m'en serais passé.
Jour J
Mon ventre se porte mieux. Ma tête aussi. Je déjeune et je sors courir.
15 minutes pour tester mes sensations.
Mes jambes vont bien. Ma respiration aussi. Je force l'allure. J'enchaîne quelques accélérations. Ça me fait tousser. Ma tête me fait mal de nouveau. Je rentre.
Déception, tristesse et lassitude
Je suis triste. Surtout déçue. Ce n'est pas comme ça que j'imaginais cette journée.
Le départ du Marathon pour tous est à 22 h ce soir.
J'ai mon billet de train et des billets pour la finale de basketball de demain. Je vais à Paris.
Je m'installe dans le train. Ma compagne me tend une enveloppe. À l'intérieur, une carte.

T'as vu, c'est toi !
Je souris.
Elle est gentille de m'avoir écrit un petit mot pour souligner l'occasion.
Le trail n'a pas le même effet. Ça parle moins aux gens qu'un marathon. Vous vous en êtes peut-être rendu compte aussi.
J'ouvre la carte.
Ce n'est pas elle, mais tous mes proches qui m'ont écrit des mots d'encouragement.
Mon père me fait une ola.
Mes partenaires de course me remémorent mes premières foulées en Belgique. La chance que j'ai d'avoir eu mon dossard.
Ma sœur me souhaite de réussir autant qu'elle.
Ta propension à vouloir courir des marathons est égale à la mienne de vouloir dormir jusqu' à 11 heures la fin de semaine. Je salue donc notre habileté à atteindre nos objectifs et te souhaite de réussir autant que moi.
Des gens que je n'ai plus vus depuis longtemps.
Mes cousines qui croient en moi et qui me disent d'avoir confiance.
Mes yeux passent d'un mot à l'autre. J'ai une pensée pour chacun de leur auteur. Je souris.
Assise dans le fauteuil du train. Je suis touchée. Je suis étonnée. Il y a des gens derrière ce premier marathon.
La carte se termine par un mot de ma mère.
Souviens-toi toujours du pourquoi tu fais cette course ou ces courses à chaque pas que tu poses au sol. L'important, c'est que tu aies du plaisir à le faire.
Je vais prendre le départ. Ce serait con de ne pas tenter.
Qu'est-ce qui définit une bonne course?

Je ne le ferai pas en 4h25. Je le sais. Mais la course est-elle pour autant perdue? Non.
Dans le sport comme dans la vie, je progresse à coup d'objectifs. Je me fixe des objectifs de résultat. Le problème avec ce type d'objectif, c'est que j'oublie le reste. J'oublie le travail accompli. Le processus. Les actions, les séances que j'ai réalisées pour atteindre ce résultat.
Il faut célébrer ses victoires.
Avoir gagné son dossard pour courir sur le parcours des Jeux Olympiques est une victoire.
Avoir complété son plan d'entraînement est une victoire.
Le Marathon pour tous célèbre cela : nos victoires personnelles. Il nous offre les outils pour le faire. Pour rapprocher nos proches. Pour unir les gens dans leur diversité.
C'est une vraie question : à quoi pensez-vous pendant 6 heures ?
Pour être finisher du Marathon pour tous, je dois franchir la ligne d'arrivée en 6 heures.
À 22 heures, depuis l'Hôtel de ville, je m'élance.
Il y a une ambiance de malade à Paris !
Parcours

Les premiers kilomètres révèlent Paris et ses lieux emblématiques. Le marathon se transforme en city run. Je m'imprègne des lieux. Je découvre Paris en courant.
Je reconnais la Bourse de commerce, le Palais Brongniart et la place de l'Opéra. Les rues sont larges. Je cours à mon aise.
Je commence à me remémorer le relais de la Flamme de la cérémonie d'ouverture.
D'un côté, la Pyramide du Louvre et de l'autre, le Jardin des Tuileries. La vasque est là. Allumée, elle flotte dans le ciel. Symbole de paix, d'amitié et d'unité entre les peuples. Privilégiée, je poursuis mon chemin.
Dix kilomètres. Ma sœur vient d'atteindre son objectif ! Nous les avons courus à la même allure.
Je m'éloigne de Paris en direction de Versailles. Je cours dans les pas de milliers de femmes ressurgies de l'Histoire française.
Parties depuis l'Hôtel de ville, elles se rendent à Versailles pour ramener le roi à Paris. Elles mettront 6 heures sous la pluie. En colère et affamées, elles réclament du pain, mais pas que. Il signe la Déclaration des droits de l'homme. C'était en 1789. Le peuple avait fait entendre sa voix.
Ça monte. 436 mètres de dénivelé nous attendent.

Pour faire tomber les records olympiques chez eux, les hôtes ont tendance à préconiser des parcours plats. Cette année, c'est Paris et son histoire qui sont à l'honneur. Les Jeux Olympiques de Paris 2024 marqueront l'histoire, mais autrement.
Les grosses difficultés du parcours sont entre le 15ᵉ et le 32ᵉ kilomètre.
Dans le SAS de départ. Les gens discutaient d'un tronçon redoutable sur le parcours. Une terrible côte. La côte du Pavé des Gardes.
Elle se dresse devant moi. J'en suis au 28ᵉ kilomètre. 700 mètres de bitume. Bonne nouvelle, pas de pavés. Mais, une inclinaison moyenne d'une dizaine de pourcents.
Diversité des participants
Je me fais dépasser par un coureur aveugle et sa guide. Je me demande ce que ça fait de ne pas voir le parcours se dévoiler devant soi. Je ferme les yeux.
Vous essayerez lors de votre prochaine séance.
Je les ouvre. À gauche, une invitation à courir cette côte impressionnante. Quelques courageux se lancent. À droite, un tunnel formé d'anneaux lumineux. La voie lente. Je marche. Comme la majorité des participants.
Je regarde autour de moi.
Certains participants sont déguisés. D'autres arborent fièrement les couleurs de leurs pays.
Des femmes, des hommes, des jeunes et des plus vieux se sont laissés tenter par ce marathon.
La montée se termine. Je cours à nouveau. J'entame doucement la descente. Mes quadriceps sont douloureux.
ATTENTION ! ATTENTION !
Accompagnés d'une moto, deux coureurs en fauteuil roulant descendent en trombe. J'envie leur vitesse. Je force l'allure. Je me ravise.

Dans les tunnels musicaux, en fin de parcours, un vélo adapté et son équipe de porteurs passent à mes côtés.
Pour eux, la course est devenue un sport collectif.
Gérer sa course, c'est une chose. Mais concilier cela avec celles de trois autres personnes, c'est un défi supplémentaire.
Ils m'impressionnent par leur esprit d'équipe et leur capacité à mettre l'ego de côté.
Check point et sensations
Je parcours les kilomètres. Mes sensations sont bonnes. Je ne force pas trop l'allure. Je prends ça très cool. Et pourtant, vers le 30ᵉ kilomètre, je commence à sentir mes quadriceps. Je veux éviter qu'ils se tétanisent. Pour éviter les crampes, j'alterne entre la course et la marche.

Je franchis des checkpoints. Chaque bip qui se déclenche me fait penser à mes proches. Derrière, je sais qu'il y a des gens qui attendent de savoir où j'en suis.
Ils sont quelque part en Belgique, au Canada ou en France derrière leurs smartphones.
Supporters
Je découvrirai après que certains d'entre eux se sont pris d'affection pour d'autres coureurs.
De numéros de dossards choisis au hasard, ils sont devenus les supporters d'Astride, de Nordine et d'une dame de 80 ans.
Dans les rues de Paris, des milliers de personnes se sont amassées près des barrières du parcours. Ils ont de l'énergie à revendre.
Ils nous crient leurs encouragements.
Allez, Myriam ! Le plus dur est fait !
Ils prennent le temps de lire les noms sur nos dossards pour les personnaliser. C'est fou, ça !
Je me laisse porter par tous ces gens. Je ne sais pas qui ils sont. Mais ensemble, nous vivons un moment unique.
Finisher du Marathon pour tous

Il est 3 heures du matin. La ligne d'arrivée n'est plus très loin. Nous sommes encore nombreux dans les rues de Paris. La tour Eiffel est derrière nous. Je force l'allure. J'aperçois le dôme des Invalides. J'y suis presque !
À 3h30, après 5h30 de course, je franchis la ligne d'arrivée !
Je récupère ma médaille.
Je me faufile vers la sortie pour aller rejoindre le métro. J'ai les quadriceps explosés. Je ne suis pas la seule. Nous faisons la file pour pouvoir nous tenir à la rampe et descendre les escaliers du métro.
L'arrivée aux Invalides. Vous ne voyez pas l'ironie de la situation ?
Après quoi tu cours ?

Courir, un acte égoïste. Un petit plaisir personnel pour casser la routine après le boulot.
Cette fois, non. Je ne courrais pas pour moi. Je courrais pour ces gens. J'étais portée par leurs mots d'encouragement. Par la beauté des lieux. Par cette opportunité unique. Courir dans Paris la nuit.
Animés par les défis des coureurs du Marathon pour tous et par le dévouement des bénévoles, nous en avons fait une belle victoire collective.
Merci aux organisateurs d'avoir osé nous proposer un tel événement dans le cadre des Jeux Olympiques de Paris 2024.

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